Grande tribune, mêmes discours : ce que ALL IN 2026 ne nous a pas dit sur l'IA

ALL IN est le plus important événement en intelligence artificielle (IA) au Canada. Cette année, il a réuni à Montréal près de 10 000 personnes venues de plus de 50 pays. Dans l'ensemble, ce fut un excellent événement. J'avais une réelle soif d'apprendre auprès des leaders de l'industrie, des décideurs et des experts en politiques publiques qui façonnent la manière dont l'IA est conçue et utilisée. Personne ne peut tout voir, mais j'ai tout de même assisté à bon nombre de conférences et de panels. J'en retire quelques bonnes idées, et une frustration dont je n'arrive toujours pas à me défaire.
Intelligence artificielle
Équipe AI Spiria
2026-09-26
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5 min. de lecture

Le même scripte, encore et encore

Dès la fin de la première journée de ALL IN, j'ai remarqué que les conférenciers commençaient à se répéter. Peu importe la conférence, le message était toujours une variante de : « L'IA est urgente, elle va tout changer et nous devons préserver notre souveraineté. »

Au début, j'ai cru que cette déception venait uniquement de moi. Je suis d’abord et avant tout un développeur, alors j'avais peut-être simplement envie d'entendre parler de code et de le voir en action. Plus j'écoutais, cependant, plus il devenait clair que ce qu’il me manquait, ce n'était pas tant la profondeur technique, mais plutôt l'expérience vécue. Presque personne n'a expliqué comment l'IA avait transformé sa propre organisation. Tous les médias nous répètent déjà que l'IA est la prochaine grande révolution. Une salle remplie de praticiens devrait donc pouvoir nous apprendre ce que les médias ne disent pas. Par où avez-vous commencé ? Qu'avez-vous essayé ? Qu'est-ce qui a fonctionné, qu'est-ce qui a échoué, et que feriez-vous différemment si vous recommenciez demain ? Je n'ai presque rien entendu de tout cela.

Une grande partie de la programmation portait plutôt sur l'investissement, la gouvernance et la souveraineté des données. Ces sujets sont importants, et certaines de ces discussions étaient excellentes, mais elles restent à haute altitude. Elles nous disent où va l'argent, et très peu sur ce qui se passe quand une équipe s'assoit pour essayer d'utiliser la technologie.

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La souveraineté n'est pas la résidence

Certains panélistes ont tout de même dit des choses que tout dirigeant devrait entendre. Et ça m’a fait du bien d'entendre celle-ci à voix haute : la souveraineté des données n'est pas la même chose que la résidence des données.

Beaucoup de gens confondent encore les deux. Un fournisseur vous dit que vos données sont hébergées dans un centre de données canadien. Cela donne une impression de contrôle de la data. Pourtant, l'endroit où vos données sont stockées ne détermine pas qui peut y accéder ni ce qu'ils en font. Des avocats et des fournisseurs d'infrastructure canadiens ont sonné l'alarme : les données détenues par un fournisseur de propriété étrangère peuvent tout de même être assujetties aux lois du pays d'origine de ce fournisseur. L'exemple le plus connu est le CLOUD Act américain, qui peut s'appliquer même lorsque les serveurs se trouvent au Canada.

L'IA ajoute une couche supplémentaire facile à oublier. Une véritable souveraineté nécessite aussi la maîtrise de la façon dont les services d'IA que vous utilisez traitent vos données. Un service qui s'entraîne sur vos informations à mesure que vous l'utilisez ne les oublie pas lorsque vous quittez les lieux, parce qu'il en conserve des traces dans son ADN. La dépendance envers un fournisseur tenait autrefois aux contrats et aux coûts de migration. Aujourd'hui, elle tient aussi à ce que vous lui avez déjà cédé sans vous en rendre compte. Chaque décision concernant un fournisseur d'IA est donc plus risquée qu'elle n'en a l'air.

C'est précisément cette distinction qui donne toute leur importance aux investissements annoncés autour d'ALL IN. Deux jours avant l'événement, Bell a annoncé une expansion de 50 milliards de dollars de son projet de centre de données d'IA en Saskatchewan. Il s'agit du plus important investissement de capitaux privés de l'histoire du Canada. Pendant l'événement, le Canada et l'Allemagne ont engagé de nouveaux fonds pour LoiZéro, un laboratoire qui conçoit une IA digne de confiance, et y ont tenu la première réunion de leur Alliance pour la souveraineté technologique.

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Une invitation à expérimenter

J'aurais aimé entendre davantage d'essais et d'erreurs sur scène. Je comprends pourquoi c'est rare. L'IA n'est pas une cible fixe, et ce que l'on dit aujourd'hui peut paraître naïf dans six mois. Partager une expérience qui n'a pas fonctionné demande donc du courage.

L'industrie n'attendra toutefois personne. Des sommes colossales affluent vers les infrastructures, et des actionnaires impatients attendent leur rendement. Si la cible continue de bouger, nos processus doivent bouger avec elle, ce qui exige de réfléchir plus vite et d'expérimenter davantage. Attendre que l'IA soit parfaite pour monter dans le train, c'est s'assurer de ne jamais y monter. Internet n'a jamais été parfait non plus, et pourtant, nous avons réussi à travailler avec.

Alors, commencez maintenant, avec ce que vous avez, et partagez ce que vous apprenez, échecs compris. C'est ce que j'espérais entendre sur scène.

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Nous n'avons plus un problème d'IA. Nous avons un problème de talents.

L'idée que j'ai entendu le plus souvent, et celle avec laquelle je suis le plus d'accord, c'est que la technologie n'est plus le goulot d'étranglement. Ce sont les gens. Il nous faut maintenant déterminer comment développer les compétences, les habitudes et le jugement dont nos organisations ont besoin pour bien utiliser ces outils. Le Canada et l'Allemagne ont tous deux fait des talents une priorité, et cette priorité doit maintenant atteindre toutes les équipes, pas seulement les laboratoires de recherche.

Mon côté développeur est resté sur sa faim. Par contre, comme gestionnaire d'une équipe de développement, j'en retire un certain réconfort : personne à l’événement n'a trouvé la formule magique qui rend tout le monde dix fois plus rapide. Une entreprise ne se résume pas à ses développeurs. Et si vous rendez vos développeurs dix fois plus rapides pendant que tout le monde autour d'eux avance au même rythme, ou ralentit en essayant de suivre, et bien, vous n'avez rien réglé. Vous avez simplement déplacé le goulot plus loin dans la chaîne.

<hr style="border: none; border-top: 1px solid #E5E7EB; margin: 3rem 0 3rem 0;"> <h4>À propos de l'auteur</h4> <table style="border-collapse: collapse; border: none; width: 100%;"> <tr> <td style="border: none; width: 6rem; padding-right: 1rem; vertical-align: top;"> <img src="https://cdn.prod.website-files.com/67c06f07cfba9b0adb43e16c/6a67a327212b44d5f7e82869_bbibentyo.avif" alt="Boss Bibentyo" style="border-radius: 50%;"> </td> <td style="border: none; vertical-align: top;"> <p style="margin: 0; font-weight: 600;">Boss Bibentyo</p> <p style="margin: 0 0 0.75rem 0;">Développeur logiciel principal et responsable de pratique chez Spiria</p> <p style="margin: 0;">Boss Bibentyo a eu plusieurs rôles d'expert en développement logiciel chez Spiria où il travaille à distance du Manitoba, au Canada, ville où il vit avec sa femme et ses enfants. Il évolue dans ce domaine depuis suffisamment longtemps pour avoir écrit du code avant même que l’IA ne puisse lui rendre la pareille. Animé par une curiosité sincère quant à l’avenir de son métier, il partage ses réflexions avec ses pairs, professionnel(le)s et spécialistes du domaine, préférant toujours l’esprit de débat ouvert à celui de la prédiction.</p> </td> </tr> </table>