Spiria logo

Agile, un état d’esprit plus que des pratiques

Pour certains, l’Agilité se résume à Scrum et à un ensemble de rituels. Mais à pratiquer un rite en oubliant sa finalité, on se retrouve en fin de compte à ne pas être Agile.

La première valeur du manifeste Agile est de privilégier les individus et leurs interactions plus que les processus et les outils. Dans les faits, ce sont le plus souvent les processus et des outils qui sont souverains.

L’Agilité est devenue un commerce, une industrie même, avec des entreprises spécialisées, des consultants, des vendeurs de logiciels, qui tous promettent monts et merveilles pour assurer leur propre bénéfice : adhère à notre méthode et ta productivité va augmenter considérablement. Et tout le monde de se dire Agile parce qu’ils utilisent les processus et les outils, la terminologie et les rituels. Il va sans dire qu’une pratique vidée de sa substance et de son esprit est nettement insuffisante.

« Les individus et leurs interactions
plus que les processus et les outils. »

Si nous vivons dans l’époque des « fausses nouvelles », nous sommes aussi, au niveau du développement logiciel, dans l’époque de la « fausse Agilité ». Avez-vous lu le Manifeste pour le développement Agile de logiciels ? Dans beaucoup d’équipes de développement, il y aura souvent bien peu de monde pour répondre positivement et encore moins sachant énoncer l’une des 4 valeurs ou l’un des 12 principes sous-jacents au Manifeste. Certaines entreprises s’annoncent Agile sans avoir le moindre rudiment de culture Agile. D’autres sont pleines de bonne volonté, mais s’enlisent dans le micromanagement et perdent de vue les objectifs ultimes. Elles n’ont pas au quotidien l’état d’esprit Agile. Certaines équipes sont lucides : « Oui, on pratique les sprints, les Daily. On met des points sur les Stories. On a un Scrum Master, qui est en fait un chef de projet. Ça ne va guère plus loin que ça. »

« Notre plus haute priorité est de satisfaire le client
en livrant rapidement et régulièrement des fonctionnalités
à grande valeur ajoutée. »

L’Agilité repose sur un état d’esprit qui se décrit en 4 valeurs et qui se définit dans 12 principes. C’est en quelque sorte une philosophie assortie de principes moraux. Elle se manifeste concrètement par un nombre infini de pratiques. L’Agilité n’est pas une boîte à outils comme XP où l’on pioche selon ses affinités. C’est une pensée globale qui préside aux pratiques. Ce sont des objectifs essentiels comme la satisfaction du client. Un client heureux n’a que faire que vous fassiez religieusement un stand-up de 15 minutes chaque jour. La question à se poser est : « Notre stand-up quotidien participe-t-il à l’atteinte de nos objectifs ? Est-il productif ou n’est-il qu’une perte de temps ? » Est-ce que l’équipe réfléchit aux moyens de devenir plus efficace, puis règle et modifie son comportement en conséquence (12e principe) ? Ou bien se contente-t-elle de suivre des rituels sans se poser de questions sur leur pertinence par rapport au projet et ne s’aventure-t-elle jamais à essayer de nouvelles manières de faire ? Est-ce que le Kanban ne serait pas plus approprié que des Sprints pour ce genre de projet ?

Voilà le genre de question qui exprime un vrai souci d’Agilité. Obéir aveuglément à des règles méthodologiques et des prescriptions n’est certainement pas démontrer que l’on sait s’adapter au changement plutôt que de suivre rigoureusement un plan (4e valeur du Manifeste, qui pourrait se résumer par le terme « pragmatisme »).

« L’adaptation au changement
plus que le suivi d’un plan. »

Faire rentrer les gens dans un moule, les faire se conformer à des pratiques sans questionnement plutôt que se concentrer sur le comment les gens pensent, interagissent et collaborent, ce n’est pas l’Agilité. Encore une fois, la première valeur du Manifeste et limpide, ce sont les individus et leurs interactions qui sont au cœur de la méthodologie, les outils et processus sont secondaires. Les seconds devant être toujours au service des premiers.

L’adaptation au changement est fondamentale à l’Agilité, c’est même l’origine de son nom et c’est ce qui est censé la rendre supérieure au cycle en cascade. Si les pratiques et outils sont constamment les mêmes, quels que soient les projets, leurs spécificités et envergures, ce n’est pas faire preuve d’adaptation, c’est faire preuve de rigidité. Plutôt que reproduire des méthodes qui ont fonctionné pour des équipes dans un certain contexte, il faut permettre à l’équipe de découvrir la méthode de travail qui fonctionne pour elle sur le problème sur lequel elle travaille. Ce qui revient à lui donner un certain degré de liberté par rapport à la norme. Le seul cadre à donner à la réflexion sur les pratiques est de toujours garder en vue l’ultime objectif, la plus haute priorité des principes du Manifeste : satisfaire le client, en livrant rapidement et régulièrement des fonctionnalités à grande valeur ajoutée. Et si sur un projet, la satisfaction du client n’est pas au rendez-vous, il y a lieu de s’interroger sur le bien-fondé des pratiques.

« À intervalles réguliers, l’équipe réfléchit
aux moyens de devenir plus efficace,
puis règle et modifie son
comportement en conséquence. »

Enfin, il faut que tous les membres d’une équipe Agile connaissent et comprennent le Manifeste Agile, qu’ils s’imprègnent de la philosophie. Il faut apprendre à le relire, à s’assurer de bien comprendre la finalité des préceptes et éventuellement discuter de certains points en équipes afin que tous puissent s’accorder sur une vision commune. Pensons que l’Agilité est avant tout une dynamique qu’il faut continuellement entretenir et réviser.

Cette entrée a été publiée dans Méthodes et bonnes pratiques
par Karl Delagrange.
Partager l'article