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Compter les sans-abri de Montréal

Travailler dans les nouvelles technologies est stimulant et permet à tout un chacun de sortir des sentiers battus et de sa zone de confort. Chez Spiria, sortir de sa zone de confort prend parfois un visage inusité. Un groupe d’employés a ainsi décidé de s’investir le temps d’une soirée dans l’effort de dénombrement des sans-abri à Montréal.

C’est par un soir de printemps particulièrement agréable qu’une poignée de volontaires s’est réunie afin de participer à la seconde édition de Je Compte Montréal, exercice de dénombrement des sans-abri sur l’île de Montréal. L’activité organisée par le MMFIM, soit le Mouvement pour mettre fin à l’itinérance à Montréal, en était à sa seconde édition.

Équipe Spiria.

Le point de ralliement attribué à notre groupe était au 1440 de la rue Stanley, dans l’immeuble du YMCA Centre-ville. Une armée de bénévoles s’y activait à recevoir les autres bénévoles, chefs d’équipe et équipiers.

L’organisation avait tout prévu et c’est dans un désordre organisé que nous nous sommes réunis autour d’une table à imaginer comment notre groupe allions arpenter la zone qui nous avait été assignée. Notre objectif : répertorier toutes les personnes sans-abri se trouvant dans le quadrilatère délimité par les rues Mansfield, Sainte-Catherine, Jeanne-Mance et le boulevard René-Levesque, en plein centre-ville.

À première vue, cette tache nous apparaissait herculéenne et c’est avec nervosité et un peu d’appréhension que notre petit groupe se dirigea vers Jeanne-Mance, l’extrémité est de notre zone. La méthodologie de ratissage semblait au point. Nous allions partir du point le plus éloigné du YMCA et revenir en abordant les passants. L’art d’accoster des inconnus sur la rue n’est pas chose innée chez l’humain moyen et nous avons dû faire preuve de courage pour attaquer la tâche.

Mais qu’est-ce qu’un itinérant ? Est-ce que ce gars sur le banc avec son cellulaire et sa valise défraîchie en est un ? Ou cet autre qui nous regarde nerveusement du coin de l’œil et semble s’éloigner gentiment ? Ce couple qui s’embrasse sur le banc de parc avec sacs à dos et grosses bières — peut-être qu’ils sont en fugue… ou encore de simples touristes.

Nous devions arpenter les rues, ruelles, allées de la ville entre 20 et 23 heures, mais dès 19 heures, nous étions déjà assis à la place des Festivals à discuter de comment nous allions faire et à observer les passants.

Équipe Spiria.

C’est avec une certaine fébrilité et une énergie contagieuse que nous avons commencé les entretiens. Ce n’est pas facile d’aborder un itinérant — surtout que dans plus de la moitié des cas, il refuse de nous parler, se sauve ou nous demande de nous éloigner.

Nous devions leur remettre une carte cadeau de cinq dollars après avoir terminé l’entretien. Peut-être que nous aurions eu plus de chance si on leur avait fait miroiter une récompense en retour de quelques minutes de leur temps. Le questionnaire tenait sur trois feuilles, une vingtaine de questions, parfois avec sous questions dépendant de la réponse. Qu’elles soient en lien avec le lieu de résidence, la période sans logis ou les séjours en milieu hospitalier ou centre d’aide — chacune des questions devait avoir une réponse. Certaines questions demandaient une réponse entre plusieurs, d’autres permettaient de faire plusieurs choix. C’était un questionnaire difficile à utiliser et un support numérique comme une tablette aurait pu aider dans notre tâche. Les questions les plus difficiles à demander avaient trait au genre et à l’orientation sexuelle. Aucune question ne portait sur l’utilisation de drogues.

L’inconfort engendré par les rencontres avec des itinérants s’est rapidement transformé en énergie et c’est avec beaucoup d’entrain que le groupe de six Spiriens s’est souvent scindé en deux groupes — rarement composés des mêmes personnes — et s’est affairé à la tâche.

De retour à l’extrémité ouest de notre zone, nous avons décidé de refaire un tour de territoire, histoire de voir si la faune citadine avait changé. Quelle ne fut pas notre surprise en se rendant compte que les rues qui nous semblaient si confortables et sûres se sont métamorphosées en lieu de rencontre d’une foule urbaine d’un autre genre… et ce, dès la fermeture des magasins.

Autant les itinérants étaient d’une rareté à notre premier passage, nous étions dorénavant la minorité visible dans la soupe urbaine de Sainte-Catherine. Itinérants avec toutes leurs possessions dans un sac à dos, accompagnés de leur chien en laisse, exclus de la société en mal d’amour ou en quête d’un fix. L’atmosphère s’échauffait malgré la fraîcheur qui s’installait.

La soirée tirait à sa fin et c’est avec une fatigue bien sentie, les pieds douloureux, que nous avons décidé de mettre un terme à notre enquête. C’est à ce moment que j’ai appris que l’un de nous allait probablement dormir sur le plancher du bureau dans son sac de couchage… Ça m’a fait sourire, mais je sais que ce n’est pas une situation permanente.

Je tiens à remercier les personnes courageuses et sensibles qui ont décidé de m’accompagner dans l’aventure du dénombrement des sans-abri de Montréal, Isabelle, Guy, Jean, Stéphane et Cyril. Je tiens aussi à remercier Spiria qui aide et rend possible ce genre d’initiative.

Je compte MTL 2018.

Pour conclure sur une note personnelle.

Pour ma part, ce qui m’a le plus marqué en étant confronté à l’itinérance est la diversité des visages qu’on y retrouve, des vies trop souvent perturbées par la maladie mentale, une jeunesse troublée par un environnement toxique et les passages en foyer d’accueil, les effets pernicieux des moyens pris pour échapper à la douleur tant physique qu’émotive.

Bref, il semble ne pas y avoir qu’une cause à l’itinérance… chaque histoire est différente et une solution miracle pour remédier à toutes les itinérances est sans doute une utopie. Je perçois que les mouvements tels que celui qui nous a animés la semaine passée peuvent aider à mettre des visages sur le problème, tenter d’en cerner les traits, mais cela ne demeure qu’un outil pour prendre le pouls de la situation… Il reste à voir s’il y aura des actions concrètes qui en découleront.

Je ne pourrai plus, je crois, rester impassible face à la misère humaine causée par l’itinérance. Que faire, si ce n’est d’être parfois à l’écoute de l’autre… L’itinérant est un être humain, trop souvent amoché, qui tente souvent par des moyens du bord de trouver la paix.

 

Cette entrée a été publiée dans Environnement de travail
par Christian Roy.
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