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Le degré de maturité numérique des PME

Étant donné l’accélération intense du rythme des changements technologiques, les entreprises doivent adopter les technologies numériques pour demeurer concurrentielles et assurer leur pérennité, mais pas seulement : l’intérêt du concept de maturité numérique est de faire comprendre que la seule utilisation d’outils numériques ne suffit pas, elle doit être accompagnée d’une solide culture numérique qui permet de profiter pleinement de l’investissement et de gérer le changement.

La Banque de développement du Canada (BDC) est une institution financière du gouvernement qui offre ses services exclusivement aux entrepreneurs, en complément des offres des banques privées. Récemment, elle s’est intéressée à la pénétration du numérique au sein des PME canadiennes (les entreprises de moins de 500 employés). Souhaitant encourager ces entreprises à adopter de nouvelles technologies et à prendre le virage du numérique afin de stimuler leur croissance, la BDC a mené un sondage auprès de plus de 2 000 entrepreneurs pour savoir quelle est la situation actuelle. Autant dire tout de suite qu’il y a de la place pour mieux faire pour la plupart de ces entreprises. Alors que les changements technologiques n’ont jamais été aussi rapides que depuis le début de ce siècle et que la connectivité, l’automatisation et les données sont devenues d’une grande importance stratégique, une majorité de PME a une faible “maturité numérique”.

Maturité numérique au Canada.

Maturité numérique au Canada. Banque de développement du Canada.

Qu’est-ce que la maturité numérique ? La maturité numérique est une évaluation du degré de transformation numérique d’une entreprise. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) a mis au point, en collaboration avec Capgemini Consulting, une méthodologie pour mesurer cette maturité. Elle repose non seulement sur les usages (outils numériques pour gérer les relations clients et fournisseurs, collecte et utilisation des données pour asseoir des décisions, numérisation et intégration des processus d’affaires), mais aussi sur la culture numérique de l’organisation, c’est-à-dire sa capacité de mettre en œuvre le changement (stratégie et vision, planification, appui des dirigeants, environnement valorisant la prise de risques et l’innovation, formation et apprentissage continu). On parle de mesure de l’intensité numérique et d’évaluation de la gestion de la transformation. Les entreprises à forte maturité technologique connaissent de meilleurs résultats financiers que les autres. Le quart des entreprises conjuguant faible intensité numérique et faible gestion de la transformation ont vu leurs revenus chuter au cours des dernières années.

Les avantages de la transformation numérique se traduisent directement dans les chiffres : les entreprises canadiennes ayant une maturité numérique avancée sont 62 % plus susceptibles de connaître une croissance élevée de leurs ventes et sont 52 % plus à même de voir une importante augmentation de leurs bénéfices. Ces entreprises ont 3 fois plus de chance d’avoir innové dans leur secteur. A contrario, les PME ayant peu investi au cours des trois dernières années ont majoritairement vu une baisse de leur chiffre d’affaires.

Proportion d’entreprises numériquement avancées.

Proportion d’entreprises numériquement avancées. Banque de développement du Canada.

Malgré les atouts connus de l’investissement dans les technologies, seulement 19 % des PME canadiennes sont avancées sur le plan de la maturité numérique (aux États-Unis, la proportion est similaire avec 18 %). Et ce chiffre connaît des disparités d’une province à l’autre. Les PME du Québec apparaissent comme les championnes de la transformation numérique avec 26 % alors que la Colombie-Britannique et le Canada atlantique sont à la traîne avec 15 %.

La taille de l’entreprise influe bien sûr : les 19 % de l’ensemble des PME canadiennes ayant atteint un niveau élevé de maturité numérique sont à comparer aux 34 % des grandes entreprises qui l’atteignent. Le secteur d’activité a aussi son importance : les entreprises de services aux entreprises sont plus avancées que celles des secteurs de la production de biens.

Si l’on ne prend pas compte la présence sur les médias sociaux, une minorité d’entreprises ont intégré pleinement les technologies numériques. Au total, 57 % des PME de toutes tailles ont un faible niveau de maturité numérique ; ce qui veut dire qu’elles n’ont pas recours aux outils de marketing numérique, aux outils de gestion opérationnelle et de gestion de la productivité comme les CRM et ERP, aux outils de stockage et d’analyse des données, ni aux outils numériques de conception, de production ou d’automatisation.

5 étapes vers la maturité numérique

La BDC a défini 5 étapes essentielles pour la transformation numérique de l’entreprise :

5 étapes vers la maturité numérique.

5 étapes vers la maturité numérique. Banque de développement du Canada.

1. Définir et communiquer une vision numérique.

2. Investir dans la technologie.

3. Instaurer une culture du changement.

4. Tirer parti de la puissance des données.

5. Mettre l’accent sur l’amélioration continue.

Pierre-Olivier Bédard-Maltais, économiste à la BDC, ajoute un sage conseil :

“Employez-vous plutôt à hausser votre niveau de maturité numérique une étape à la fois. La plupart des entreprises qui ont du succès commencent par de petits projets pour développer les compétences, aplanir les difficultés et confirmer que l’investissement sera rentable. Même le plus petit projet peut apporter des avantages durables.”

Dans sa volonté d’aider les entreprises canadiennes à être plus performantes et concurrentielles, la BDC propose un outil d’évaluation de la maturité numérique dont les résultats sont assortis d’une comparaison avec des entreprises du même secteur et de taille similaire. Elle offre aussi d’utiles services-conseils pour aider les PME à planifier et adopter les nouvelles technologies. Par ailleurs, la BDC offre des financements spécifiques pour les investissements technologiques.

Cette entrée a été publiée dans Méthodes et bonnes pratiques
par Laurent Gloaguen.
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